Hello Frisco

Hello Frisco : Road trip vers San Francisco

Froide. Très froide. Voici comment je peux définir la nuit que j’ai passé dans ma tente. Le chauffage a fonctionné par intermitence (il s’allumait 30 minutes puis restait coupé pendant des heures) et le vent froid pénétrait par les trous et les ouvertures de la tente. Je ne regrette cependant pas d’avoir tenté l’expérience de cette nuit « camping » même si le timing de mon voyage ne m’aura pas permis de profiter au mieux de l’ambiance « camp de vacance à l’américaine » de Yosemite.

Après une bonne douche, c’est sous un grand soleil que je reprends la route vers l’ouest. J’avais prévu dans mon planning initial de faire un crochet vers Mariposa Grove, un bois de séquoias géants au sud ouest du parc mais je zappe l’étape et je fonce vers San Francisco.

La route pour sortir de Yosemite nous fait passer devant les Yosemite Falls, la sixième plus haute chute d’eau d’Amérique du Nord. En sortant du parc, la route se désertifie soudainement puis, après quelques heures de route, le GPS me fait traverser des chemins bordés de vergers et de vignes. Il y a de la pub pour le vin partout. J’en déduis que le fameux vin californien doit venir en grande partie d’ici.

Les chemins se transforment ensuite en route puis en autoroute. Je traverse Oakland et son stade impressionant qu’on aperçois depuis la Nimitz Freeway puis, avant d’entrer à San Francisco, j’arrive au péage du Bay Bridge, le pont reliant Oakland à Frisco. Je n’étais pas au courant que ce passage était payant car ni mon guide, ni les forums visités avant mon départ ne le mentionnaient. Heureusement, ça ne coûte que 4$. Comme partout où j’ai circulé jusqu’à présent, il y a beaucoup de monde mais la circulation est très fluide.

Avant d’entrer dans la ville, je m’arrête sur Yerba Buena Island pour admirer la baie mais il y a des festivités et il est très difficile de se garer. Je parviens quand même à me trouver une place et à prendre quelques photos mais la police tourne et j’ai peur d’être mal stationné donc je reprends la route.

Je profite d’avoir encore la voiture pour me rendre sur les hauteurs de San Francisco et plus précisément sur Twin Peaks, une collines qui permet d’avoir une vue sur toute la ville jusqu’à la baie. Ce détour vaut vraiment le coup et permet de mieux se rendre compte de la morphologie de la ville. De la haut on aperçoit bien les autres collines et le dowtown en plein milieu. Il y a une très bonne ambiance, beaucoup de touristes qui semblent heureux d’être ici et je me suis vu proposé plusieurs fois de me faire prendre en photo devant le décor. J’ai accepté car ça semblait tenir à coeur de ceux qui me le proposait et j’ai aussi proposé mes services de photographe amateur à ceux qui voulaient se faire tirer le portrait.

Midi approche et il est bientôt l’heure de rendre la voiture car ma location se termine. J’en profite donc pour passer à l’hôtel pour faire le check in et déposer les valises. Ça a dû me prendre quinze minutes montre en main mais à peine retourné au 44 garé au coin de la rue, j’aperçois un petit bout de papier sur le pare brise: c’était une amende car je me suis stationné devant une bouche d’incendie. 90$ à payer via un site Internet en rentrant en France. Je rage car durant le check in, la réceptionniste m’avais annoncé qu’on pouvait garer la voiture gratuitement sur l’emplacement signalé comme « réservé » juste devant l’hôtel.

L’hôtel se trouve dans le quartier de North Beach et cet après-midi j’ai prévu de me balader sur Fishermans Wharf. Ça tombe bien, c’est juste à côté. Je m’en vais d’abord rendre la voiture à quelques rues de l’hôtel mais l’agence de location est très difficile à trouver. Je fais plusieurs fois le tour du quartier mais aucun panneau n’indique son emplacement. Ce sont finalement les employés d’un hôtel qui me montrent l’agence, dans un tout petit passage, entre deux immeubles. Je dois laisser la voiture dans un parking souterrain. Une fois garé, je rentre dans l’agence, je signe les papiers et l’employé, très gentil, ne fait même pas le tour de la voiture pour vérifier son état. Pire ! À mi-chemin des quais, je me rends compte que je ne lui ai pas rendu les clefs de la voiture ! Lorsque je retourne pour les lui rendre, il est au téléphone et me fait signe de les poser sur le bureau, le plus naturellement du monde. Les gens ici sont vraiment décontractés.

Lorsque j’arrive enfin sur les quais, il est presque 15h00. Je m’arrête dans le premier restaurant croisé et je commande l’habituel burger/frites de ces vacances. Du restaurant, j’aperçoit pour la première fois l’île de la prison d’Alcatraz que je dois aller visiter ce soir. On croirait voir le décors d’un film, j’en suis impressionné. Après manger, je pars repérer le Pier 33 d’où le départ pour la prison se fera ce soir.

Je me dirige ensuite vers le plus célèbre des quais: le Pier 39. C’est aussi l’endroit le plus visité de la ville. Forcément on y trouve des magasins et des restaurants dont le célèbre Bubba Gump (dont on entend parler dans le film Forest Gump). Il fait très beau et donc l’endroit est surpeuplé mais j’y passe un agréable moment. Je fini ma balade en allant voir le fameux groupes d’otaries qui se prélassent au soleil sur le côté ouest du quai. C’est l’attraction des lieux et ça joue des coudes pour pouvoir les photographier.

Le temps est passé très vite et il est déjà l’heure de retourner au Pier 33 pour m’enregistrer pour le départ qui se fera à 18h30. Il n’y a presque personne quand j’arrive car j’y suis allé une heure avant pour pouvoir être bien placé dans le bateau. J’ai réservé pour le dernier départ de la journée car on dit qu’il est préférable de visiter la prison à la nuit tombée. L’ambiance n’en est que plus immersive.

Si l’attente sur le quai s’est faite dans la courtoisie, l’embarquement est une véritable anarchie. Il ne m’a servi à rien d’arriver en avance pour pouvoir bien me placer à l’avant du bateau car une fois monté à bord, tout le monde se bouscule pour pouvoir avoir la meilleure vue sur l’île, à l’avant du bateau. Détestant me donner en spectacle et bousculer les gens, je m’assois sur un siège au milieu du pont. C’est la première et la seule fois où les américains m’auront déçu pendant ces vacances. Heureusement le spectacle de la baie de San Francisco qui s’illumine à la tombée de la nuit me console de cette mésaventure. Après une vingtaine de minutes et une fois la nuit tombée, nous arrivons enfin sur l’île.

J’étais très enthousiaste et pressé de me rendre ici mais il faut dire qu’une fois arrivé sur place, l’ambiance lugubre et le seul bruit de la mer jettent un grand froid parmi la foule. Mes ardeurs de photographe compulsif ont tout de suite été réfrénées par cet endroit qui impose la retenue. Un guide explique à qui veut l’entendre le rôle des bâtiments et nous raconte des anecdotes sur les surveillants de l’île. Par exemple il faut savoir que certains gardes vivaient avec leur famille dans des immeubles construits spécialement pour eux sur le rocher.

En suivant le guide, nous arrivont dans les anciennes douches de la prison qui ont été transformées en accueil. C’est ici qu’on nous remet les audio-guide puis nous sommes livrés à nous-mêmes. L’audio-guide est très bien fait. Il nous indique exactement le chemin à emprunter et au cours de celui-ci, nous donne des anecdotes sur la vie de la prison, ses pensionnaires (parfois très célèbre comme Al Capone, Georges« Machine Gun » Kelly ou encore Robert Stroud) et des bruitages nous mettent dans l’ambiance de l’époque. On nous apprend par exemple qu’il y a 336 cellules, que trois détenus se sont évadés en creusant un trou dans le mur pendant deux ans ou que pendant les fêtes de fin d’année, on entendait au loin les gens festoyer et s’amuser. Je ne vous spoilerai pas toute la visite mais ne la manquez surtout pas si vous vous rendez à San Francisco car en plus de vous en apprendre plus sur une vraie tranche d’histoire des États-Unis, ce lieu à su garder son authentisme contrairement à beaucoup d’autres endroits touristiques.

Évidemment, avant de sortir on passe par la boutique de la prison où il se vend de tout et n’importe quoi. Je me laisse tenter par la biographie d’Al Capone et par un morceau de pierre d’ île dans son écrin de plastique (apparemment les fonds récoltés serviraient à la préservation des lieux).

Au retour il fait trop froid pour rester sur le pont donc tout le monde s’amasse à l’intérieur du bâteau. Tout comme moi, je sent que les autres visiteurs ont été émus par cette visite, qu’elle ne laisse pas indifférent. On se met à la place de ces prisonniers, enfermés parfois à vie et voyant les lumières de la ville au loin, enfermés dans leur 4,5 mètres carrés . Ça a donné un petit côté déprimant à ma soirée mais je suis content d’avoir fait cette visite, j’ai beaucoup appris aujourd’hui.

Les environs des quais sont déserts à l’heure à laquelle je retourne sur la terre ferme. Les lieux sont mal fréquentés donc je ne m’y attarde pas. Je m’arrête juste dans un Seven Eleven pour m’acheter une salade en barquette qui me servira de diner pour ce soir et je file à l’hôtel.

Je me couche vers 11h00 mais un bruit de bouteilles qui s’entrechoquent venant de la ruelle sur laquelle donne ma fenêtre m’empêche de dormir. En regardant dehors, j’aperçois une petite dame apparemment chinoise qui récupère les bouteilles en verre dans les poubelles de l’hôtel. Son petit manège durera bien trente minutes car elle essaye de les poser dans son sac en faisant le moins de bruit possible. C’est râté.